François rencontre le sultan

Rencontre avec le sultan Al-Kamil à Damiette en 1219

À l’époque de François d’Assise, le monde est divisé en deux civilisations qui s’affrontent brutalement: la Chrétienté et l’Islam. La Chrétienté se définit comme la vraie religion qui se doit d’être défendue par les miles christi ; l’idéal du chrétien n’est plus le moine mais le soldat. Pendant sa jeunesse, François poursuivra cet idéal. Le Christ est le grand seigneur qui conduit ses troupes et défend son territoire; ceux qui combattent pour lui ont le devoir de laver l’honneur bafoué de leur seigneur. Ainsi, la Chrétienté conçoit la guerre comme moyen de convertir l’autre.

En 1215, le pape Innocent III ouvre le IVè Concile du Latran à Rome; il y inaugure une nouvelle réforme de l’Église et lance la cinquième croisade en Terre sainte pour libérer les lieux saints. Face à cet appel à régler les conflits par la violence et la mort, François décide d’annoncer la paix. Le 24 juin 1219, le frère François s’embarque pour l’Égypte où il arrive quelques mois plus tard.

Il se rend aussitôt à Damiette dans le camp des croisés qui assiègent la ville et cherche à les convaincre de renoncer au combat. Il annonce la paix aux croisés eux-mêmes parce qu’il est bouleversé par les conflits perpétuels entre princes, seigneurs et maîtres des ordres de chevalerie; choqué aussi par la présence d’aventuriers et d’opportunistes de toute sorte. Paix aussi avec l’ennemi. Son intention est claire: rompre avec l’esprit de croisade qui, depuis plus d’un siècle, imprègne les mentalités du monde chrétien.

Puis, raconte le frère Thomas de Celano, François décide de rejoindre le camps adverse à la faveur d’une trêve. Son intention alors est de rencontrer le sultan Malik Al-Kamil en personne pour lui annoncer cette paix de Dieu et dans l’espoir de le convertir. Au cours de cette rencontre François découvre la courtoisie du sultan à son égard car François n’a ni l’arrogance des envoyé s du légat du pape ni les armes des émissaires des princes. Plusieurs nobles et personnages religieux de la cour assistent aux échanges entre le roi musulman et frère François. Vivant avec eux, François est à même de découvrir que cette « race abominable d’infidèles » sont des priants, soumis au Dieu unique.

François aussi désire être un homme « soumis B toute créature à cause de Dieu » (1 Règle 16,6). La trêve tirant à sa fin, François désire quitter le palais. Pour marquer sa déférence, le sultan lui offre de nombreux cadeaux qu’il refuse. Au moment de l’adieu, le musulman se recommande à la prière du chrétien: « demande à Dieu de m’indiquer la voie à suivre » comme l’y invite le Coran.