Ils s’appelleront frères mineurs

« On ne donnera à aucun frère le titre de prieur mais à tous indistinctement celui de frères mineurs. Ils se laveront les pieds les uns aux autres »  – Première règle chapitre 6

Le nom complet de notre Fraternité est l’Ordre des frères mineurs capucins. Frère Thomas de Celano, un des premier biographes de Saint-François, raconte l’origine de ce nom:

« Un jour qu’on lisait la Règle, en entendant la phrase « qu’ils soient les moindres, les plus petits », François interrompit: « Je veux que notre fraternité s’appelle l’Ordre des frères mineurs. » Le titre de « frère mineur » vient éclairer et préciser l’idée que se fait François de la vie des frères et de leur vocation évangélique dans la société et dans l’Église. « Si mes frères ont reçu le nom de mineurs, c’est pour qu’ils n’aspirent jamais à devenir grands, à s’élever au-dessus des autres. Leur vocation est de rester en-bas et de suivre les traces de l’humilité du Christ… » ( 1 Cel, 28 et 2 Cel 148)

François voulait que ses frères s’appellent frères mineurs pour qu’ils modèlent leur vie sur les minores (les petites) de l’époque et partagent leur destin. Au XIIIè siècle, ce terme réfère à une classe sociale, celle de ceux qui dans une société en pleine ébullition n’avaient pas la première place et parfois pas de place du tout: les ouvriers des ateliers, les paysans, les malades, les sans-logis et marginaux de toute sorte etc. Depuis toujours les capucins ont cherché à vivre en solidarité avec les mineurs de leur époque.

Être mineur est aussi l’attitude spirituelle qui caractérise notre fraternité: « Chez François, la minorité exprime l’étonnement face à un amour de Dieu si grand qu’il n’a pas hésité à livrer son Fils qui est devenu homme et s’est fait obéissant jusqu’à la mort sur la croix se faisant ainsi mineur et soumis à tous pour nous libérer du mal et nous introduire dans la vie divine » (VIIe Conseil plénier de l’Ordre no. 2)

Voilà la découverte bouleversante du François: l’humilité de Dieu révélée dans le Christ! En contemplant le Christ crucifié dans la petite chapelle de saint-Damien, François découvre l’amour de Dieu qui s’est fait homme et s’est fait obéissant jusqu’à la mort; Dieu lui-même s’est fait mineur ! C’est cette même humilité de Dieu qu’il retrouve dans le sacrement de l’Église et de l’eucharistie.

Dans ce choix de François d’être mineur et soumis à tous, il n’y a ni crainte, ni soumission psychologique ni refus d’assumer sa responsabilité personnelle. Ce qui l’a séduit c’est la beauté et la gloire de Dieu manifestées en Jésus de Nazareth, homme libre. La minorité est donc pour nous un choix de vie pour la liberté et vécu par amour.