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Frère Marc Picard, capucin (1926-2019)

Mis à jour : 17 mai 2019




Frère Marc Picard, que l’on a un temps connu sous le nom de fr. François-Joseph, est décédé le 13 mai 2019 à l’infirmerie des Frères des Écoles chrétiennes à Laval où il résidait depuis novembre 2018 avec d’autres confrères. Il avait 92 ans.

Frère Marc est né à Québec le 18 octobre 1926. Il était le cinquième des sept enfants d’Émile Picard (1890-1926) et d’Alice Tremblay (1892-1970). Au moment de la naissance du petit Marc, la famille habitait avenue Lamontagne, dans la paroisse Saint-François d’Assise, mais, contraints par des nécessités économiques, le couple a connu dix adresses différentes entre 1916 et 1950. Émile Picard était mécanicien spécialiste des machines à coudre, un métier qui exige grands soins et précision mais qu’on rémunérait assez mal à cette époque.

La famille, spécialement la mère, était profondément religieuse. Un frère aîné de Marc est devenu capucin. Sous le nom de Frère Jean-Paul, il a été professeur au Collège séraphique d’Ottawa et directeur spirituel des étudiants au Séminaire Saint-François de Cap-Rouge. Marc, cependant, a toujours soutenu que la vocation de son frère n’avait pas influencé ses choix personnels. Et en effet, on n’a jamais vu que les deux frères, malgré des relations parfaitement cordiales, aient été très proches l’un de l’autre, même à l’époque où ils étaient membres de la même fraternité de Cap-Rouge.


Quoiqu’il en soit, le parcours de formation de Marc, après l’école primaire, ne l’orientait pas vers les capucins. Il a fait d’abord deux années d’études commerciales au Collège de Beauport et une année et demie au juvénat montfortain de Papineauville. Après ces essais interrompus, il a repris les étapes du « cours classique » au Collège Saint-Jean-Eudes de Québec en 1942 – 1943 et enfin, jusqu’en 1949 au Séminaire du Sacré-Cœur à Saint-Victor de Beauce. Ses résultats scolaires n’étaient pas éclatants mais, au moment où Marc demandera son admission au noviciat des capucins, les responsables des institutions qu’il a fréquentées le recommanderont pour sa bonne conduite, son application exemplaire et son acharnement au travail. On ne lui reprochera qu’un seul défaut, une grande timidité...

Admis au noviciat en août 1949, Marc fera sa première profession le 15 août 1950 et la profession perpétuelle 3 ans plus tard. Dans la foulée, son cheminement vers l’ordination sacerdotale sera strictement régulier : études de philosophie à Montréal de 1951 à 1954 et de théologie à Ottawa de 1954 à 1958.

Tout au long de ce parcours, les formateurs le jugeront travailleur très appliqué, religieux pieux, confrère charitable et bienveillant. On continuera de mentionner sa grande timidité et ses manières gauches en société mais sans jamais y voir un obstacle périlleux.

En 1958, frère Marc signalera au ministre provincial son désir d’être envoyé en mission et, durant l’été suivant, il suivra un stage d’infirmier à l’Hôpital Général d’Ottawa en vue de s’outiller pour ce ministère plein d’imprévus. En 1961, il renouvellera cette demande. Ce n’est pourtant pas ce vœu que combleront ses premières obédiences. Il ira tout à tour à Cap-Rouge pour y prendre charge des frères laïcs de vœux temporaires, à Cacouna comme sous-maître des novices puis à Moncton (N.B.) où les capucins ont ouvert un foyer-séminaire pour les jeunes d’origine acadienne. En juin 1962, cependant, la bonne nouvelle lui arrive dans une lettre du ministre provincial : s’il est toujours disposé à aller en mission, on lui propose de partir pour le Tchad à l’automne. Frère Marc accepte cette proposition « avec une joie profonde », selon sa propre expression.


Marc sera donc missionnaire au Tchad durant 15 ans et presque toujours dans la même station de Guidari. Il y déploiera beaucoup de zèle et une belle efficacité. Son premier exploit sera la construction d’une église dont la croissance de la communauté chrétienne déjà vigoureuse à son arrivée entraînait la nécessité. Tout au long de ce grand chantier, Marc réussira à harmoniser les dons remarquables de deux frères aux tempéraments contrastés : l’artiste qu’est Dominique Grandin, auteur des plans de l’église et le constructeur au sens pratique très affirmé qu’est Roland Dupuis.

Il n’y avait pas de services de santé accessibles à tous dans la région très populeuse de Guidari. Frère Marc aura donc soin de créer un dispensaire où il offrira lui-même les prestations de base. Mais, entre la complexité de l’approvisionnement en médicaments et matériel médical et le temps nécessaire aux soins, Marc sera vite submergé. Il entreprendra donc les démarches nécessaires à la venue de deux infirmières professionnelles comme missionnaires laïques. Après quelques années, il saura même assurer ces services à long terme en favorisant l’établissement dans sa paroisse des sœurs Oblates Franciscaines de Saint Joseph.

Enfin, dernière grande initiative du frère Marc, il créera un centre de formation catéchétique à Ngamongo afin d’ajouter une première étape paroissiale au circuit diocésain des écoles de catéchistes.

À la fin des années 70, frère Marc Picard rentre définitivement au pays. On aurait voulu, au Tchad, qu’il change de paroisse et donc, dans les circonstances particulières de ce pays, de langue aussi... À plus de cinquante ans, c’est un gros défi ! Après une année d’essai, il jette l’éponge. À cette époque, Marc est aussi perturbé par un problème intérieur : depuis la fin du concile Vatican II et les efforts de renouvellement de l’Ordre des Capucins, il lui semble que l’on prend un virage social trop radical. Il y a danger, selon lui, que l’on néglige l’aspect proprement spirituel de la vie chrétienne qu’il voit comme le domaine spécifique de l’activité des prêtres. Marc ne juge pas sévèrement ses confrères qui suivent allègrement ce mouvement, mais il ne croit pas devoir leur emboîter le pas.

Rentré au pays, c’est donc la mouvance charismatique qui deviendra son champ d’action. Le Cénacle à Cacouna et L’Alliance de Trois-Rivières seront pour lui des ports d’attache essentiels. Il prêche des retraites et reçoit une foule de gens en consultation. Mais au-delà de ces activités, deux grands projets l’animent.


Dans la prière et l’étude, il a « découvert » un parallélisme très serré entre l’évangile de Jean, le récit des noces de Cana en particulier, et des passages de la Genèse. Peu à peu, c’est presque tout le texte des évangiles qu’il relit ainsi en parallèle avec les livres du Pentateuque. François vit cette recherche avec une foi profonde. Il lui semble avoir un accès privilégié à une compréhension de la révélation divine que personne d’autre n’a vraiment exploré depuis les Pères de l’Église. On ne doit pas cacher que quelques biblistes professionnels ont lu quelques uns de ses textes sans y déceler l’avancée qualitative que Marc lui-même y voit. Mais cela ne le décourage pas et il consacrera le reste de sa vie à explorer cette voie.

Soucieux de partager avec d’autres croyants la richesse nouvelle de sa foi, frère Marc conçoit le projet d’une École de Spiritualité Biblique destinée aux prêtres et autres responsables pastoraux. Le programme serait basé sur le procédé « des parallèles » et serait dispensé sur plusieurs mois. Le projet est ambitieux, on prévoit un bâtiment capable d’héberger une soixantaine de personnes.

Le projet, on le devine, n’a jamais levé. Malgré tout, sa préparation et le perfectionnement de la méthode « des parallèles » ont occupé la vie studieuse et la prédication charismatique de notre frère Marc durant plus de vingt ans, jusqu’en septembre 2014 au moment où la détérioration de sa santé commandait son transfert à l’infirmerie provinciale de La Réparation. Frère Marc souffrait alors de la maladie d’Alzheimer.

Aujourd’hui, dans la paix bienheureuse du paradis, frère Marc, passionné de la contemplation de Jésus Christ, jouit enfin de la vision de Dieu, plus belle encore et tellement moins compliquée qu’il ne l’avait anticipée.



Les funérailles de frère Marc seront célébrées le jeudi 23 mai à 11h à la Chapelle de La Réparation (3650, de la Rousselière, Montréal, H1A 2X9). Ses cendres seront déposées plus tard au mausolée des Capucins.

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