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Frère Rolland Bergeron, 1934-2019

Mis à jour : 20 sept. 2019


«Je suis un manuel et les Capucins n’ont pas honte de travailler manuellement»

Frère Rolland Bergeron


Dans la première règle de vie écrite par saint François et ses frères on peut lire au sujet de la manière de servir et de travailler : «Que tous les frères, en quelque lieu qu’ils se trouvent chez autrui pour servir et pour travailler […] soient plus petits et soumis à tous ceux qui sont dans la même maison. Et que les frères qui savent travailler travaillent et exercent le même métier qu’ils ont appris s’il n’est pas contraire au salut de leur âme et peut être exercé honnêtement» (IR VII).


Par sa manière d’être, ses engagements et son travail, frère Rolland incarne ce souhait de saint François. En effet, tout au long de sa vie, Rolland a mis au service de notre Fraternité et des concitoyens ses dons et les compétences professionnelles qu’il avait acquises.


Frère Rolland nait à Sainte-Brigitte-des-Saults près de Drummondville le 12 février 1934. Il est le cadet d'une famille de 14 enfants. Son père, Gédéon, est boulanger ; ce qui fera dire à Rolland qu’il était né à Bethléem (qui signifie «la maison du pain»). Alors qu’il n’a encore que deux mois, sa mère Laura Smith décède à l’âge de 42 ans. Il est élevé par ses sœurs «comme la petite sainte Thérèse». Sa sœur Georgette est toujours vivante.


À la fin des années 30, dans un contexte économique difficile, le père de Rolland doit vendre l’entreprise familiale à un compétiteur. La famille déménage dans le quartier Saint-Henri à Montréal ; c’est un véritable déracinement ! Il termine donc son cours primaire débuté à l’école Ste-Thérèse de Drummondville à l’école St-Zotique de Montréal. Après quelques années d’études secondaires, il suit des cours du soir en cuisine et mécanique. Jeune adulte, il ouvre un gymnase avec quelques amis dans le but de se développer physiquement : «Je me trouvais trop petit», dira-t-il. «Je ne pouvais même pas entrer au cinéma car on ne croyait pas que j’avais 16 ans !»


Il travaille alors dans une boulangerie et dans diverses manufactures de Montréal au salaire moyen de $40 par semaine. Il est touché par les conditions de travail difficiles de ses camarades dont certains sont exposés à des vapeurs de produits chimiques. «Des jobs esclavement dures», dira-t-il. C’est à cette époque qu’il achète une moto usagée pour $200. Il passe quelques années à faire de la moto jusqu’au jour où il évite de justesse un accident sérieux. Il réalise alors que la vie tient à peu de choses et commence à réfléchir au sens de sa propre vie.


Rolland ressent le désir de donner sa vie à Dieu et de travailler au bien-être de ses contemporains. Son directeur spirituel, l’abbé Gérard Larocque, lui parle des Capucins. Déterminé et sans aucune hésitation, âgé de 24 ans, il prend contact avec le responsable des vocations, le frère Guy. S’adressant au maître des novices, celui-ci décrit sur un ton télégraphique sa première impression du jeune Rolland «Le garçon est prêt à rentrer. Très sérieux. Apôtre. Désir d’idéal. Tous les liens sont rompus, son père est averti. N’ayez pas de crainte. Je crois que vous ne regretterez pas.»


Rolland débute ainsi son noviciat chez les Capucins le 7 décembre 1958 à Cacouna et reçoit le nom de Gérard-Marie. Il fait profession simple le 2 février 1960 et profession solennelle le 2 février 1963.


Après quelques années de service à la fraternité de La Réparation (1963 à 1967), Rolland est choisi pour participer au projet de fondation d’une fraternité en milieu défavorisé à Hull (aujourd’hui Gatineau). Le 12 juillet 1967 il reçoit une obédience pour Ottawa avec la mention «Mission de Hull». Au début de septembre il aménage dans le vieux Hull avec deux confrères, Isidore Ostiguy et François Carrière, au 165 rue Kent dans une petite maison typique des «maisons allumettes» réalisées pour les employés de la compagnie E.B. Eddy. Les Capucins y vivront jusqu’en 2014.


Rolland travaille alors dans un grand garage de Hull comme mécanicien «endroit propice pour y rendre un témoignage vraiment chrétien» écrit le frère Isidore. Avec des jeunes chômeurs, il organise un atelier mécanique pour les aider à développer leurs habiletés professionnelles. Les frères désirent former une communauté missionnaire et à l’écoute des gens. Ils s’engageront bientôt dans toutes sortes de projets afin d’entrer en relation avec ceux et celles qui ne sont pas rejoints par les structures ecclésiales. Rolland vivra à Hull pendant 10 ans puis se rendra au Tchad de 1977 à 1978.



1978 est une année déterminante dans la vie de Rolland. Il est invité par un confrère à se rendre à Saint-Malachie (dans Bellechasse) pour aider à la rénovation d’une vieille maison destinée à devenir un foyer de la communauté de l’Arche Le Printemps. Ce séjour prévu pour quelques mois seulement se transforme en un engagement de 28 ans ! Durant toutes ces années, il travaille à l’entretien général des édifices de la communauté.

Dès avant son entrée dans l’Ordre, Rolland faisait de l’action catholique comme légionnaire de Marie. Habile et doté de grandes capacités au plan du travail manuel, il excelle dans les travaux qui exigent de la patience et du fini. Son sens artistique lui permet de réaliser de très belles œuvres de bois dont trois crucifix de Saint Damien, des tabernacles et des flûtes de pan.

C’est avec une capacité d’assimilation personnelle surprenante, en même temps qu’une exigence dans la précision, qu’il approfondie les obligations de sa vie de consacré. Il était timide et n’aimait pas se faire remarquer mais il avait la confiance de tous et était très dévoué : il était charitable envers tous et d’une grande disponibilité. Il se rendra d’ailleurs en Haïti en 2008 pour faciliter l’installation de bancs d’église dans une chapelle desservie par les Capucins.


Souffrant de la maladie de Parkinson, Rolland arrive à la fraternité de La Réparation à Pointe-aux-Trembles en mars 2012 pour un meilleur suivi médical ; il vivait depuis novembre 2018 à la Résidence DeLasalle à Laval. C’est là qu’il s’est éteint le dimanche 15 septembre. Ses funérailles ont été célébrées le samedi 21 septembre à 11h, à la Chapelle de La Réparation (3650, boul. De La Rousselière, Montréal). Ses cendres sont déposées au mausolée des Capucins.


«Selon la tradition de l’Ordre, que les frères apprécient le travail manuel et, dans le respect des tâches confiées à chacun, qu’ils s’y adonnent volontiers pour leur propre épanouissement et l’utilité commune,

surtout quand la charité ou l’obéissance le requièrent»

Constitution des Frères mineurs capucins, 81


Pour information : capucin.org


Sources : Le Messager de Saint-Antoine, mai 2010

L’aventure fraternelle des Capucins à Hull de 1976 à 2014 par Claude Auger

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